Lundi 2 août / Dubrovnik (marina ACI)

Assez tôt le matin, nous prenons le bus pour nous rendre à la vieille ville de Dubrovnik. Le bus est plein de locaux se rendant à leur travail. Le trajet suit le bras de mer, passe devant le pont suspendu et la marina de Gruz, puis finit son trajet devant les remparts de la vieille ville. Nous entrons dans la forteresse impressionnante par le pont et la porte de Pile. Nous suivons l’artère principale Placa (Stradun) jusqu’au Palais Sponza et la Tour de l’Horloge. Puis nous passons sous les remparts et accédons au petit port de la citadelle. De là nous montons sur les remparts, par l’accès Sv Luka, avec l’intention d’en faire le tour. 
Les nombreuses marches et l’absence d’ombre ont raison de la détermination d’Emile qui redescend assez vite. Je continue dans la chaleur implacable, mais la vue en vaut l’effort. Le chemin de garde se tortille en haut des murs colossaux qui suivent le relief accidenté  et serpentent d’une tour à l’autre, en offrant une vue imprenable sur les toits de tuiles rouges, d’où émergent les principaux monuments historiques de la ville. Puis le chemin de garde surplombe la mer d’un bleu éclatant et la boucle est bouclée en une heure, avec le retour au petit port. 
Je retrouve Emile à la porte d’entrée et nous cherchons un restaurant où nous reposer et nous restaurer. Il est un peu trop tôt pour les heureux élus du Routard. Nous optons pour le premier qui accepte de nous servir un filet de loup décent. Nous croisons des nombreux groupes de touristes arborant un numéro collé sur le bras ou le tee-shirt et suivant leur guide. Ils sont descendu du gros paquebot MSN amarré dans le port de Gruz.
Nous rentrons à la marina par le bus. J’aperçois des bateaux et pense que nous arrivons à la marina, mais le bus nous arrête à l’arrêt précédent et nous devons terminer à pied. Il fait toujours aussi chaud. Désolée Emile.
Après un temps de repos, nous faisons des essais de modification du système de verrouillage de l’ancre Spade, afin de libérer le taquet pour une pendille. Le port s’est bien vidé et nous nous sentons un peu seuls, à part pour la musique boum-boum toujours présente.

Mardi 3 août / Dubrovnik – Sipanska Luka (île de Sipan)

Le gros galion en bois que nous avions vu amarré dans le bras de mer à notre arrivée, largue ses amarres et nous escorte pour notre sortie en mer.  Puis il part vers d’autres destinations. Le temps est assez gris dans la matinée, mais le soleil déchire la couverture nuageuse dans l’après-midi. 
Nous faisons route vers le petit port mignon sur l’île de Sipan dont on nous avait refusé l’accès dimanche dernier. Nous décidons de retenter notre chance et elle nous sourit. Non seulement il y a de la place, mais le préposé n’est pas en vue et il ne peut donc pas nous empêcher de nous amarrer au quai. Quand il se pointe nous sommes déjà installés depuis un bon moment et il se résout d’assez mauvais gré à nous demander 52 € de paiement pour la nuit. Il reste dans les parages et renvoie plusieurs bateaux, que les places restantes intéressent. Trois autres bateaux ont la chance d’avoir ses faveurs et sont autorisés à s’amarrer. On modifie notre amarrage pour arranger notre nouveau voisin. Il passe un coup de jet d’eau sur son pont et par mégarde m’arrose alors que je règle la hauteur des pare-battages. Il est désolé, mais se rachète en nous aidant à gonfler notre annexe avec sa batterie, après qu’on l’ait extraite du coffre et hissée sur le quai.
Nous faisons un tour du petit village fleuri et allons nous baigner dans l’eau claire de l’autre côté du quai du ferry. Nous dinons au restaurant d’à côté (celui qui est peut-être de mèche avec l’employé du port pour le choix des bateaux acceptés). Nos voisins de table sont des allemands et de nombreux congénères s’arrêtent discuter avec eux en passant. Il semble qu’il y ait une importante communauté allemande implantée sur l’île. On entend aussi parler français ça et là, mais ce sont des touristes déposés par les ferries. Nous avons particulièrement apprécié cette escale dans ce petit village qui semble typique de la Croatie, pas du tout « bling-bling » où il semble régner un esprit de communauté locale, avec même une chorale avec musiciens (on se croirait presque en Corse). Le village semble quand même vivre essentiellement du tourisme, avec plusieurs hôtels et restaurants, des hébergements chez l’habitant…. Les croates semblent être nombreux à apprécier ce « petit paradis ».

Mercredi 4 août / Sipanska Luka (île de Sipan) – Luka Pomena (île de Mljet)

Nous reprenons la petite passe que nous avons déjà emprunté trois fois auparavant, pour quitter l’île de Sipan et nous diriger vers l’île de Mljet (se prononce miette). Un coup de vent est annoncé pour la nuit prochaine. Emile tente de réserver un emplacement à quai avec pendilles auprès des restaurateurs dont il trouve le téléphone sur le guide du Routard. Mais tous refusent, ils sont complets. Nous décidons de tenter tout de même notre chance à Luka Pomena, à l’extrémité nord de l’île, dans une réserve et parc national. 
Nous nous approchons des quais des « tavernas », mais aussitôt on nous fait signe de passer notre chemin. Nous continuons jusqu’au bout. Au quai des gros yachts, même refus. Mais Emile avise un étroit emplacement sur la gauche et s’en approche. Personne ne se précipite sur nous. Nous nous incrustons entre une vedette à moteur et un navire promenade amarré parallèlement au quai. Le préposé arrive. Il commence par dire que nous devons partir. Mais il tombe sur un breton têtu et finit par accepter qu’on reste, à condition de diner au restaurant d’en face et qu’un autre bateau vienne nous coller plus tard côté tribord. Trop heureux sommes-nous d’accepter. Nous serons à l’abri pour le coup de vent.
Une équipe de cameramen filme juste devant notre bateau, une dame qui a attrapé des petits poissons dans une nasse. Puis elle les épluche et en jette un par dessus son épaule, pour les mouettes. Mais il atterrit sur le pont d’Heolia et Emile n’a pas envie de le becqueter, il le rejette à la mer et on en rit avec la dame qui dit préparer une très bonne soupe avec ses prises.
Petit tour du bord de mer. Plus tard deux voiliers pleins d’italiens viennent nous encadrer. Nous voilà bien calés…. toto va bene!
Nous dinons au restaurant Pomena. Le propriétaire est très agréable et notre repas délicieux. Nous dégustons un plat de spaghetti à la langouste. On a vu passer la pauvre bête encore vivante en direction de la cuisine quelques minutes plus tôt. Sa vie en vivier ne devait pas être très drôle, nous disons-nous. Je tente un flanc « Dubrovnik » et Emile un sorbet au citron. J’échange ma crème caramel contre sa « coupe colonel » en raison de l’alcool généreusement ajouté au citron.
Quand nous descendons dans nos quartiers de nuit, le vent ne s’est pas encore levé.

Jeudi 5 août / Luka Pomena (île de Mljet)

La nuit a été calme, protégés comme nous l’étions des vents dans le petit port de Pomena. Trois gouttes de pluie seulement, histoire de faire lever Emile pour fermer les hublots des salles d’eau. Puis le soleil revient par intermittence avec les nuages. Je vais me baigner un peu plus loin que l’hôtel au bout du quai. Je dérange un cormoran qui pratique la pêche sous-marine. Une femme fait des longueurs avec son chien. Il n’aime pas trop le clapot, mais suit courageusement.
Après déjeuner, nous achetons des billets pour le parc national. Nous suivons le sentier qui grimpe la colline puis redescend au bord du premier petit lac d’eau salée « Malo Jezero ». L’eau du lac exhibe toute la gamme des couleurs du turquoise à l’émeraude, en passant par le vert Nil, toujours cristalline. Un bonheur pour les yeux. Les cigales nous assourdissent de leur bruissements parfois stridents. Au niveau de la communication avec le plus grand lac « Veliko Jezero », là où l’eau se déverse dans un sens puis dans l’autre suivant la marée (limitée mais réelle), nous trouvons l’embarcadère des navettes, qui fonctionnent à l’électricité solaire. Nous embarquons pour une traversée du grand lac en direction du monastère bénédictin de Ste Marie. Petit tour de l’île Sv. Marija, quelques photos, une petite glace et nous sautons dans la navette pour le retour.
Emile rentre par le chemin le plus court, celui de l’aller. Je décide de faire le tour du petit lac, par l’autre côté. Le sentier est bien plus long, caillouteux,  accidenté et sinueux. Je me trompe d’embranchement pour Pomena. Peu importe, tous les chemins doivent y mener. Mais celui-ci part dans les collines et je dois bifurquer deux fois par des sentiers très très accidentés et heureusement repérés par des marques rouges, pour rejoindre enfin Pomena. J’arrive juste avant la pension Matana, le bureau d’entrée du parc se trouve de l’autre côté (voilà donc un passage pour les resquilleurs).
Je n’ai rencontré ni vipère, ni mangouste. Les premières étaient légion et les secondes ont été introduites pour en limiter le nombre. Mais elles s’attaquent aussi aux oiseaux et sont devenues à leur tour indésirables.
Le matin nous avions commandé à notre restaurateur hébergeur préféré (quai et électricité pour le bateau) une « peka » (cloche). Plat typique local cuit à l’étouffé sur des braises, sous une cloche métallique qui demande trois heures de préparation. Nous avions le choix entre chèvre et poulpe. Nous nous sommes régalés sans restreinte avec la moitié de l’énorme et savoureux plat de viande, légumes et pommes de terre. Le patron nous a obligeamment fourni un doggy bag avec les restes.

Vendredi 6 août / Luka Pomena (île de Mljet) – Lumbarda (île de Korcula)

Au revoir belle île de Mljet. Nous sautons jusqu’à l’île suivante, Korkula. Les marinas sont toutes complètes, mais quand nous pointons notre proue devant celle de Lumbarda, on nous accepte, tout au bout du ponton, là où il ne reste presque pas d’eau et où il faut manoeuvrer dans un mouchoir de poche. Merci les deux propulseurs, une fois de plus. 
Nous sommes à peine installés qu’un second bateau bien se coller à nous et, fait incroyable, il s’agit aussi d’un Moody 45DS. Ces spécimen sont suffisamment rares pour qu’on les remarque. Notre voisin est un peu plus ancien, coque gris clair, mais mât à enrouleur aussi. Il fonctionne en charter. De l’autre côté du ponton, un israélien sur son Moody aussi (mais pas deck saloon), s’extasie sur Heolia et n’en finit plus de nous vanter ses mérites… oui nous savons!
Lumbarda se situe à l’extrémité est de l’île de Korcula. Nous roulons avec notre voiture de location, jusqu’à Vela Luka à l’extrémité ouest. Puis nous revenons par le sud en passant par Blato, Prizba, Brna, Smokvica et Cara. L’île est incroyablement verdoyante, boisée et bien vallonnée. Les routes sont très bonnes. Les fonds de vallées sont couvertes de cultures dont des vignes qui donnent un vin blanc réputé. La côte sud arbore de belles résidences avec vue imprenable sur les eaux bleues de l’Adriatique. Des places de parking avec pare-soleil intégré ont été gagnées en surplomb des terrains fortement pentus. Le stationnement des véhicules semble un problème général dans ces îles. 
Nous gardons la visite de Korcula pour demain matin.

Samedi 7 juillet / Lumbarda (île de Korcula)

Avec la fraîcheur matinale, nous nous rendons à la vieille ville médiévale de Korcula. Sa topographie est comparée à une arrête de poisson. Nous entrons par la porte principale et parcourons d’abord l’arrête centrale, d’où partent vers l’est et l’ouest toutes les petites arrêtes secondaires bien orientées pour optimiser la circulation des vents. Nous empruntons ensuite certaines des étroites ruelles et faisons aussi le tour par l’extérieur. Les monuments anciens, comme les élégantes demeures se succèdent au fil des ruelles toutes piétonnes, agrémentées de plantes et d’arbres sur le pourtour. Une partie des remparts est encore présente et encadre le petit port pas très abrité. Marco Polo serait natif de Korcula, c’est du moins ce que clame cette cité.
Dans l’après-midi, nous partons explorer en voiture la côte nord de l’île de Korcula, du moins les portions où une route suit le littoral. Plusieurs petits villages incrustent la verdure de l’île. Nous passons Kneze puis Racisce, mais ensuite la route devient une piste que nous évitons d’infliger à la voiture. Nous rentrons dans les terres et reprenons la route principale jusqu’à Blato pour obliquer ensuite vers le nord et Prigradica. De là nous suivons la côte vers l’est et nous arrêtons un moment dans un petit village pour y manger une glace. En bordure de route les roches claires descendent doucement jusqu’à l’eau turquoise. 
Retour à Lumbarda en soirée et pour notre seconde nuit, puisque nous avons été autorisés à rester sur place dans la marina, malgré la présence de nombreux bateaux participant à un rallye.

Dimanche 8 août / Lumbarda (île de Korcula) – Gradac

Emile avait vu que la météo de la nuit allait être difficile, avec un bon coup de vent et il a donc tenu à mettre le bateau à l’abri dans un port bien orienté. Sauf que notre destination après Korcula était Hvar l’île réputée comme étant la plus belle de Croatie et surtout celle où toute la jet-set se serait installée. Il a téléphoné aux marinas pour réserver et a reçu partout la même réponse négative. Nous avons donc tenté notre chance sur le continent, moins exposé et nettement moins demandé. Le plan B était donc Gradac, une petite station balnéaire familiale avec juste un quai à priori bien axé. Quand nous sommes arrivés, il y restait de la place à côté d’un vieux bateau de pêche et en bout de quai, d’où des jeunes sautaient à l’eau. On pensais se mettre le long du quai à cet endroit, mais un homme nous a fait signe de venir contre le bateau de pêche et nous a tendu une pendille. Je l’ai prise et l’ai remontée jusqu’à l’avant du bateau pour m’apercevoir qu’elle menait en fait au bateau de pêche, donc inutilisable pour nous. Le gars n’était pas l’employé du port, mais il l’a appelé et le préposé s’est pointé quelques minutes plus tard. Il nous a dit de rester à cet endroit, s’est fait payer en espèces et est reparti aussi sec. Nous nous sommes amarrés comme nous pouvions au bateau de pêche pour éviter de reculer dans le quai et nous avons mis presque tous les pare-battages entre lui et nous car le vent s’était déjà levé et nous poussait bien fort contre les horribles pneus qui lui servaient de pare-battages.
Nous sommes allés faire un tour le long du front de mer flanqué de restaurants et de vendeurs d’articles de plage. La plage de gravier blanc est si étroite que les nombreux baigneurs posent leur serviette sur les trottoirs. Une grande compétition de water-polo se déroulait à grand coup de sifflets et d’applaudissements, malgré les vagues. Elle se poursuivit jusqu’à la nuit, sous de gros projecteurs, comme pour les terrains de foot.
Une vedette à moteur dont nous avions, selon son capitaine, pris la place s’était collée à nous, puis deux grosses navette à touristes sont venus s’amarrer le long du reste du quai, l’un contre l’autre et à quelques centimètre de la vedette. Ainsi coincés, et ballotés par le ressac, nous avons dû retendre plusieurs fois les amarres qui nous retenaient au bateau de pêche durant la soirée. Le vent avait bien forci et le capitaine dût surveiller l’évolution de la météo et de l’amarrage plusieurs fois durant la nuit, pas calme du tout. En fait, le quai est le rendez-vous nocturne des jeunes de la ville avec force alcools et musique, chants en choeurs jusqu’à deux heures du matin. Gradac est une escale pourtant recommandée par le guide Imray de navigation. On a connu mieux!