Lundi  12 Juin – Aguadulce / Aguilas
Départ de bonne heure, pour une longue nav de 70 milles nautiques.  Nous avons glissé sur la mer calme, toute la journée dans un camaïeu de gris, propulsés par notre fidèle moteur Volvo, qui nous est d’une grande utilité en Méditerranée, car trop souvent pas de vent ou alors trop de vent.  Le soleil n’a pas daigné se lever et une petite brume est restée ambiante. Pas top pour les photos, mais j’ai déjà fait les meilleures a l’aller. 
Arrivée a Aquilas au port privé Juan Montiel, protégé par le grand mur doté de panneaux solaires. Accueil mini de la part du marinero et de la capitainerie. Non! Nous n’avons pas droit au mini golf, ni a la piscine, réservés a l’hôtel (même s’il n’y a personne). Même le propriétaire des lieux ne tourne pas la tête vers nous pour nous saluer, lors de sa ronde journalière. Tant pis. Il y a très peu de chances qu’on revienne un jour. 

Mardi 13 juin – Aguilas / Cartagene
Le soleil est de retour et la mer est calme pour notre départ d’Aguilas. En route, nous croisons trois bateaux de pêcheurs, qui trainent leurs filets et un nuage d’oiseaux de mer. À proximité, une troupe de dauphins chasse (hélas ils sont trop vifs pour l’appareil photo Canon, qui ne capture que des vagues). Le vent se lève bien, avant notre arrivée a Cartagene. Cette fois aucun paquebot ne nous protège de ses rafales dans le port. Petite promenade dans la rue principale dallée de marbre.

Mercredi 14 juin – Cartagène / Santa Pola
Comme tous les jours maintenant, pas assez de vent en partant et trop en arrivant. Le juste milieu ne dure pas très longtemps, dommage. Les deux marineros étaient un peu des « bras cassés » à l’arrivée. Ne parlant ni français ni anglais, donnant des ordres sans arrêt et, une fois à bord pour tirer la pendille, se rendant compte combien c’était difficile à cause du vent de travers. Enfin nous y sommes arrivés et Emile est parti à la capitainerie pour faire les papiers et récupérer un adaptateur électrique pour le secteur (c’est fou comme les ports n’arrivent pas à avoir tous le même type de prises), contre caution bien sûr (100€ quand même).
Moi je suis allée en ville, acheter un pot de peinture bleu clair, pour masquer quelques petite écorchures sur le wrapping de la coque. Il faudra sans doute sortir l’annexe pour accéder aux endroits à cacher, notamment à la proue, où l’ancre a éraflé le wrapping à plusieurs endroits. Nous ferrons ça à Ibiza, que nous devrions atteindre en fin de semaine. Avant que les vacanciers et fêtards juilletistes et aoûtiens ne viennent l’envahir.

Jeudi 15 juin – Santa Pola / Calpe
Nous avons relié Santa Pola à Calpe avec une mer belle et un ciel bleu. Après la côte basse au niveau de la mer intérieure, nous avons retrouvé les falaises abruptes, les petits villages perchés et des grandes villes aux gratte-ciels imposants, comme Benidorm. 
Calpe n’est pas en reste, côté tours et bâtiments en hauteur. Mais aucun ne peut rivaliser avec l’immense rocher, qui surplombe la ville et le petit port, où nous avons trouvé un ponton pour la nuit. 
Nous avons fait un gros approvisionnement alimentaire et en eau, en raison du peu de ports disponibles à Ibiza et pour pouvoir faire face à une suite de mouillages forains. Petit nettoyage des panneaux solaires, vitres et autres hublots du bateau aussi. Toujours pas de grand lavage au jet, hélas. Grand concert interminable des myriades de goélands qui nichent dans les falaises au-dessus du port.

Vendredi 16 juin – Calpe / Sant Antoni (île d’Ibiza)

Encore un départ de bonne heure, pour une longue étape, jusqu’à Ibiza. Belle mer et grand ciel bleu, pour doubler le rocher monumental de Calpe et commencer de nous éloigner de la côte continentale de l’Espagne. 
Après une paire d’heures de navigation, nous croisons une enfilade de bateaux semblant se diriger vers Gibraltar à la queue leu leu. Mais en nous approchant, nous constatons qu’il s’agir de grosses vedettes à bord desquelles des gens pêchent à la ligne. Un concours de pêche doit être en cours. En effet, nous avons vu aussi des bancs de poissons faire mousser l’eau en surface. Plus tard, nous croisons un groupe de dauphins. 
Ibiza apparait dans la brume au loin et se rapproche petit à petit. L’ile est couverte de collines verdoyante. Nous contournons les rochers épars et entrant dans la baie de Sant Antoni. Un pêcheur dans sa barcasse nous accompagne un moment, pour s’abriter du vent transversal derrière notre coque. Au fond de la baie, nous atteignons la marina et nous amarrons à un catway, donnant directement sur la baie et déjà occupé par de grosses unités. 
A la capitainerie, surprise, le tarif déjà exorbitant de 169€ annoncé par téléphone, a grimpé à 269€ en raison de la largeur du bateau qui pour 10 cm de plus passe dans la catégorie des catamarans. Emile négocie et obtient le premier tarif, pour cette fois seulement. On nous remet un bracelet pour ouvrir les portes, un petit sac publicitaire et un bon pour une coupe de champagne au bar de la marina. Mais au bar, impossible de changer pour un jus de fruit. 
Sur le front de mer nous croisons des  hordes de jeunes filles en shorts, paillettes et hauts le moins visibles possible et des groupes de jeunes-gens expansifs, sur fond de musique et d’ambiance festive. De retour au bateau, nous voyons rentrer au port des files de voiliers, vedettes et autres scooters des mers, ne respectant pas la limitation de vitesse et créant un remous constant dans le port. Décidément… ce haut-lieu de la jet-set n’est pas fait pour nous.

Samedi 17 juin – Port de Sant Antoni  (Ibiza) / baie de Sant Antoni
Dans un premier temps, nous avons mis le cap sur Formentera, où se trouvait « Ptipoa »  le catamaran rencontré à Arenys. Mais en cours de route, en fonction des conditions météo, nous avons décidé de chercher une baie plus abritée. Nous avons rebroussé chemin jusqu’à un recoin de l’immense baie de Sant Antoni. Nous avons jeté l’ancre au milieu de voiliers et yachts déjà installés. Nous sommes restés toute l’après-midi, mais en soirée, il est devenu évident que l’ancre dérapait et le yacht proche nous a klaxonnés. Nous avons donc levé l’ancre et nous sommes allés dans une anse voisine, où il y avait davantage d’espace pour mouiller avec un bon bout de chaîne, car les bateaux commençaient à rentrer pour la nuit. Cette seconde anse était moins jolie que la première, mais notre mouillage a été réalisé dans de meilleures conditions et il a tenu toute la nuit. Hélas, nous étions à l’abri du vent mais pas de la houle….. qui nous a bercés. L’alarme de dérapage d’ancre n’a pas sonné.

Dimanche 18 juin – Calla de Horte (Ibiza) – Denia (Espagne continentale)
Nous avons progressé dans notre tour de l’île pour revenir à l’endroit où nous avions fait demi-tour la veille, une petite baie où retrouver « Ptipoa » . Nous sommes arrivés en premier. La baie était déjà assez encombrée de bateaux au mouillage et nous avons dû nous y reprendre par deux fois pour nous installer à un emplacement libre, en visant du sable à côté d’un champ de posidonies.
Jo et Aurélia. sont arrivés vers 13h00 et ont trouvé un espace proche, d’où un bateau venait de partir. Ils ont mis leur annexe à l’eau et sont venus à bord prendre l’apéro, avec leurs deux jeunes enfants (Louna et Ayden). Heureux moment de convivialité, tandis que notre bateau opérait des circonvolutions autour de l’ancre, en raison d’un vent très fluctuant. 
Après le départ de nos invités, nous avons dû nous rendre à l’évidence, l’ancre dérapait. En plus, d’autres bateaux étaient venus s’intercaler, parfois très près. Refaire le mouillage devenait obligatoire, mais problématique avec notre ancre, la posidonie à éviter et le peu d’espace. Chercher une autre baie était illusoire, vu le nombre de bateaux entassés dans la nôtre, et ceux qui cherchaient encore un refuge.
Emile a pris le taureau par les cornes et m’a proposé un retour sur le continent, pour s’installer dans un port, le temps de commander et recevoir une ancre concave Spade (comme celle de notre précédent Moody). J’ai convenu du raisonnable de la proposition et y ai adhéré, contre la promesse d’un retour prochain à Ibiza. 
Nous avons donc levé l’ancre et mis le cap direct sur Denia, le plus proche port continental. Nous sommes partis vers 16h30 et arrivés à minuit, après avoir croisé quelques gros ferries et nous être faits secoués par une houle désordonnée. 
Un marinero nous attendait et nous avons retrouvé la même place qu’à notre précédent passage. Emile a pu dormir sur ses deux oreilles et moi aussi, quand le lit a fini de tanguer, comme le quai où j’avais eu du mal à marcher droit.