Lundi 8 août / Isola Rossa – Stintino
Nous avons navigué de Isola Rossa à Stintino, un autre petit port de la côte nord-ouest de la Sardaigne. Navigation en grande partie à la voile, sans évènement particulier,  sauf la rencontre de pêcheries qui n’étaient pas à l’endroit indiqué sur la carte, mais quelques centaines de mètres plus loin. Il faisait jour et on voyait bien l’obstacle. Six ou sept dauphins patrouillaient en bordure des filets, à la recherche d’évadés. Ils sont restés sur place, nous ne les avons pas intéressés.
Par rapport au port, le centre du village de Stintino se trouve de l’autre côté d’une sorte de petit fjord étroit et long, sans pont ni passerelle pour le franchir. La chaleur ambiante nous a découragés de faire le grand tour. Notre ponton était très animé, la totalité des bateaux étant occupés, principalement par des italiens avec un anglais et un français par-ci, par-là. En, soirée, l’électricité du ponton sautait sans arrêt, problème de la Sardaigne a priori. Heureusement notre groupe électrogène a permis d’utiliser les clims pour refroidir un peu le bateau. Nuit calme, l’avantage des endroits moins touristiques.

Mardi 9 août / Stintino – Fertilia
La Sardaigne possède une « corne » au nord-ouest, matérialisée par l’Isola Asinara, qui est un parc national. A sa base côté est, se trouve Stintino et un peu au-dessus, un passage qui permet d’éviter le contour de la corne et de gagner vingt miles de trajet par la mer. Le passage est délicat car l’eau y est peu profonde. Nous avons largué les amarres à 7:30 pour éviter vent et vagues dans ce passage. Bien nous en a pris, car nous avons trouvé très rapidement une bonne houle et un vent fort de l’autre côté. Mais le passage lui-même était calme et nous avons pu admirer de près les gros rochers ronds du fond, ainsi que les falaises impressionnantes du Capo Del Falcone. Un peu plus au sud nous avons longé les à-pics vertigineux et percés de grottes du « Parco Geominerario Storico ed ambientale della Sardegna ». 
Nous sommes rentrés dans le petit port de Fertilia avec un fort vent de travers et des regards soupçonneux vers le fond de sable sous l’eau trouble. Mais tout s’est bien passé et les deux marineros de garde ont tenu à installer eux-même les pendilles et les câbles électriques sur notre bateau (quel service!). Nous avons ensuite effectué notre balade habituelle des lieux. Fertilia ne veut pas dire prospère. Beaucoup de bâtiments sont abandonnés et les rues, trottoirs et jardins manquent cruellement d’entretien. Le petit port et le chantier qui le jouxte subissent le même sort. Mais on y croise un grand nombre de jeunes français, peut-être y a-t-il une colonie de vacances?

Mercredi 10 août / Fertilia (visite à Alghero)
Fertilia fait face à Alghero, de l’autre côté de la grande baie. Emile a déjà visité cette ville par voie de terre et l’a bien aimée. Nous avons donc décidé de prendre un bus pour nous y rendre, à partir de Fertilia. Celui-ci a suivi la côte, nous laissant admirer les belles plages de sable blanc, avant de nous déposer au pied des remparts d’Alghero. Nous avons profité de la fraîcheur relative du matin pour faire la balade des remparts. Ils sont très bien conservés, ainsi que les nombreux instruments de défense des temps anciens, qui y sont disposés (canons, catapultes en tous genres). Ensuite nous avons parcouru les ruelles de la vieille ville et admiré les bijoux de corail (une ressource locale, même si beaucoup sont visiblement en plastique, le prix et la couleur font la différence). Nous avons déjeuné sur place, chez Marco Polo, puis nous avons couru après le bus pour sauter dedans et rentrer à Fertilia nous mettre au frais dans le bateau.

Jeudi 11 août / Fertilia – Bosa
Navigation sans grand intérêt par mer d’huile, vent nul et brume de chaleur masquant les couleurs de la côte montagneuse et inhabitée. Le paysage est devenu intéressant à proximité de Bosa. Par endroits, la falaise s’est écroulée et exhibe des éboulis et des pans verticaux blanc verdâtre, qui tranchent bien sur le marron et vert foncé des collines avoisinantes. Service minimum à Bosa Marina, pourtant nous sommes les seuls gros clients….
Balade à pied jusqu’à la ville de Bosa, à trois kilomètres environ en amont du fleuve Temo.. En cours de route j’ai grappillé des figues et gagné des doigts bien collants en prime. L’effort de marcher sous le soleil en valait la peine. Après un détour, on découvre la vieille ville aux maisons hautes peintes de couleurs pastel variées, surplombées du château. Le vieux pont de pierre à une voie nous a permis de traverser le fleuve et cheminer un peu dans le bas de la vieille ville. Retour en voiture, avec les courses.
Le vent s’est levé et nous avons dû retendre l’énorme pendille et ajouter la seconde, que le marinero n’avait pas jugé nécessaire de nous passer. Personne d’autre n’est venu s’installer au ponton, ni habiter les deux catamarans voisins, mais ici aussi, nous avons dû endurer les beuglements de karaoké provenant de la plage, jusqu’à tard dans la nuit.

Vendredi 12 août / Bosa – Golgo di Otristano
Nous avons navigué de Bosa jusqu’à un mouillage près du Capo San Marco dans le Golfo di Oristano. Les reliefs tourmentés et déchiquetés ont progressivement fait place a une côte basse bordée la plupart du temps de plages de sable blanc, souvent hérissées de parasols. Nous avons laissé sur tribord l’ile du Mal de Ventre, traduction de « Isola di Mal di Ventre », avant que Wikipedia ne corrige en « Ile des mauvais vents ».
Juste après avoir dépassé le Capo di Marco et son phare sur la hauteur, nous avons trouvé des corps morts, dont peu étaient utilisés. Dans cette partie de réserve naturelle, interdit de mouiller l’ancre pour préserver les posidonies. Nous avons donc sélectionné un corps mort libre et nous avons entrepris de le capturer. L’entreprise est un peu compliquée par la hauteur du pont à l’avant du bateau et la prédilection d’Heolia de se tourner dans tous les sens sous l’action du vent. 
Nous avons passé la nuit sous la surveillance du phare du Cap San Marco et de quelques belles villas et à proximité d’un autre voilier breton de Belle Ile arborant le drapeau « Gwen Du » et se dirigeant vers le sud comme nous.

Samedi 13 août / Golfo di Oristano – Carloforte (isola di San Pietro)
Longue navigation de 8 heures pour longer les rives du «Parco Geominerario et ambientale dela Sardegna » jusqu’à Carloforte sur l’île de San Pietro. Le temps a changé, le ciel est couvert et lâche même quelques gouttes au départ. La côte reprend de la hauteur et de l’austérité. Au sud de la Sardaigne, se trouve un grand champ d’éoliennes (petite larme émue d’Emile) et les cheminées de centrale à gaz. Nous nous dirigeons vers l’île juste en face, San Pietro. L’accès est pavé de hauts fonds et nous suivons scrupuleusement la ligne rouge qui indique l’étroit passage dans quatre mètres de profondeur au minimum (notre tirant d’eau est de 2,7 m). Alors que nous sommes piles sur la ligne, entourés de pièges, un gros ferry vient à notre rencontre. Mais il ne doit pas avoir autant de tirant d’eau que nous, car il change de cap et prend une route parallèle à la nôtre, en dehors de l’étroit passage. Ouf! Merci à lui. 
Caloforte est une jolie petite ville avec des maisons aux couleurs pastel, au fond d’un immense port. Un dinghy vient à notre rencontre pour nous indiquer notre place au ponton. Autour de nous, c’est la course pour finir le nettoyage des voiliers de location, l’arrivée des vacanciers et leur départ après l’inventaire et le chargement des bagages qui encombrent le ponton entre deux (souvenirs pour moi). L’animation retombe après le départ du dernier voilier de location.

Dimanche 13 août / Carloforte – Porto di Teulada
Même cheminement prudent que la veille, pour ressortir des hauts fonds devant Carloforte. Nous contournons l’ile Sant’Antioco qui est reliée à la Sardaigne par un pont. La mer se creuse et le vent se renforce, pile face à nous. Nous atteignons le point extrême sud de la Sardaigne au Capo Teulada, un pan de montagne brute qui tombe à pic dans l’eau bleu marine. on en aurait le vertige. A chaque cap successif, on espère que les vagues vont se calmer, mais non, elles nous accompagnent et nous secouent jusqu’à notre arrivée à Porto Teulada. Ce petit port est paumé au milieu de nulle part. Une route y mène qui serpente au milieu des collines couvertes de verdure. Mais aucune maison, aucun village n’est à portée de balade. Teulada se trouve à sept kilomètres. Endroit magnifique et sauvage, comme la plupart des lieux que nous avons vus. Mais il y a toujours une exception bien sûr, de l’autre côté de la baie, un horrible vieil hôtel ressemble de loin à l’arrière d’un paquebot échoué.