Lundi 9 août / Gradac – baie de Vrboska (île Hvar)

La navette de Gradac à Hvar fait le plein de vacanciers en musique et finit par quitter le port, laissant la place à un peu de calme, d’air plus pur sans gaz d’échappement et d’espace pour dégager la vedette accrochée à notre flanc vers le quai. Nous voilà libres de lever les amarres et nous extirper des pendilles du bateau de pêche voisin.
Nous longeons la Croatie continentale et ses montagnes pelées sur la droite, suivie de l’île de Brac, et de la longue île de Hvar, plus verte à gauche. Nous nous arrêtons dans la baie de Vrboska. La petite ville située au fond d’une longue crique (sorte d’aber breton) n’est pas visible, seulement quelques maisons entourées de pinèdes bordent le littoral. La baie est colonisée par des voiliers et autres vedettes à moteurs au mouillage. Tout autour les gens se baignent ou s’exercent au ski nautique ou au surf sur une planche à foil avec moteur. Dans un coin des jeux gonflables offrent des toboggans et autres formes à escalader. 
Nous jetons l’ancre et nous baignons autour du bateau. Je repasse avec l’éponge le long de la ligne de flottaison pour virer les micro-algues et autres organismes passagers clandestins. Le bateau n’arrête pas de tourner autour de l’ancre, nous offrant une vue panoramique circulaire, mais aucun refuge permanent contre les rayons du soleil. Nuit très calme sur ancre et sans vent.

Mardi 10 août / Baie de Vrboska (île de Hvar) – Milna (île de Brac)

La journée avait super bien commencé par un petit bain bien sympa à notre mouillage. Mais ensuite nous avons voulu aller nous amarrer au petit port de Vrboska au fond de la crique et malgré les quelques bateaux qui sortaient, il n’y avait en fait pas de place. Le capitaine a voulu aller tout au bout du bout et essayer d’entrer dans une place bien petite et ça a failli tourner en eau de boudin. Heureusement nous avons réussi pu éviter les pendilles, l »ancre qui dépassaient à l’avant du bateau voisin, la coque du suivant (merci les propulseurs)….. et nous avons quitté le port pour aller dans un autre plus grand un peu plus loin sur l’île de Hvar, à Stari Grad, en pensant y louer une voiture pour visiter l’île et la ville de Hvar.
Là, il y avait plein de place des deux côtés du très long bras de mer. Nous avons voulu nous amarrer du côté marina, mais un gars en semi-rigide nous a dit que c’était dangereux (variations brutales du niveau de l’eau, jusqu’à un mètre, ce qu’ils appellent les « seiches ») et qu’il fallait attendre deux heures avant de revenir. Drôle d’accueil! On a demandé si on pouvait aller en face pour attendre et il a dit oui. 
Nous nous sommes donc amarrés au quai d’en face, le long d’une promenade piétonne, à côté d’un voilier autrichien. Nous n’avions pas encore sorti la passerelle que le niveau de l’eau s’est mis brutalement à descendre d’au moins cinquante centimètres. Comme il n’y avait pas beaucoup de fond, nous sommes restés sans passerelle, avec les amarres assez longues pour éviter de cogner contre la marche proche du quai. 
La vedette à notre tribord a levé ses amarres pour partir, mais s’est empêtrée dans la pendille et il a fallu que le gars en semi-rigide pousse contre sa coque pour que le vent ne la rabatte pas contre nous. Un plongeur est venu pour couper la pendille, mais ça lui a pris beaucoup de temps durant lequel l’eau montait et descendait de temps en temps et le vent continuait de pousser la vedette prisonnière en notre direction. Quand enfin elle a été dégagée, Emile a décidé de changer de côté puisque les deux heures étaient largement écoulées. Mais en arrivant sur l’autre bord, on nous a crié que tout était réservé. De rage nous sommes repartis et avons quitté l’île de Hvar. Ce sera peut-être pour plus tard quand nous redescendrons vers Lastovo, avant de piquer sur Vieste en Italie.Cet épisode de Start Grad et Hvar nous a rappelé celui de Capri en 2018 où nous n’avions jamais pu nous amarrer malgré une grande patience, nous faisant « balader » par les employés du port. Décidément nous ne sommes pas faits pour ces petits paradis de la jet-set. Il nous reste heureusement les mouillages sympas et les petits ports moins bling-bling.
Emile a obtenu une réservation à la marina de Milna sur l’île de Brac. Nous y sommes arrivés en fin d’après-midi et là aucun problème pour s’amarrer au quai,  juste en face de l’église et des belles maisons de pierre blanche, avec le sourire du préposé en prime. Un vrai plaisir. Nous avons délicieusement dîné au restaurant des dauphins que nous avait indiqué le marinero du port. On a su après qu’il était le cousin de la serveuse. La familia, quoi!

Mercredi 11 août / Milna (île de Brac)

Journée « farniente » sur place, à apprécier la vie, rythmée par les cloches de l’église d’en face, dès six heures du matin.

Totor l’ordinator a pris un coup de bambou et est tombé dans les vaps. Un passage dans le frigo l’a heureusement ramené à la vie. Donc avec un peu de retard, voici la suite de nos aventures.

Jeudi 12 août / Milna (île de Brac) – Split

Nous étions partis pour trouver un mouillage forain dans une petite baie sympa et y passer une nuit tranquille, avant de gagner la grande ville de Split le lendemain. Mais, mais, mais….
En quittant Milna, nous avons pris la direction de Solta, l’île voisine, située en face de Split. Nous avons suivi le rivage jusqu’à Uvala Necujam et son grand complexe hôtelier (pas très esthétique). Nous avons passé notre chemin et avons continué jusqu’à Luka Rogac. Cette baie bordée de maison et d’une route ne nous a pas trop plu non plus. Nous sommes retournés sur nos pas jusqu’à Uvala Gornja Krusica. Cette petite baie avec ses rares maisonnettes, sa pinède  et son eau émeraude nous a conquis. Je suis allée voir avec le masque et les palmes si l’ancre était bien plantée. Elle l’était, mais la chaîne n’était pas suffisamment longue à mon gré et l’étroitesse de la baie nous interdisait d’en lâcher davantage. Alors quand le courant et le vent nous ont fait tourner dans tous les sens en permanence, nous avons préféré lever le camp, pour nous assurer une nuit calme.
Nous avons traversé vers le continent et Split. La mer était bien plus formée que la météo ne le prévoyait. A l’arrivée, nous avons dû patienter un moment avant d’être autorisés à pénétrer la Marina ACI. Le marinero à la voix caverneuse nous a guidé vers un emplacement assez étroit. Il restait beaucoup de places disponibles, mais impossible de rester deux nuits car une flottille de 240 bateaux charter était attendue pour le lendemain.
Un jeune homme dans son semi-rigide nous a indiqué le cheminement pour aller au centre ville, puis il nous a proposé de nous y déposer en faisant un petit détour puisqu’il sortait en mer. Nous avons accepté avec joie. Il est mexicain et travaille ici à construire un gros bateau de charter. Il nous a très gentiment déposés sur le quai face à la vieille ville. 
La démarche mal assurée de nous être faits secouer plusieurs heures durant, nous avons visité les principales artères et admiré les monuments historiques d’époques et d’influences très variées, imbriqués les uns dans les autres. Puis nous avons très bien dîné dans un restaurant vanté par le Routard (plein de français). En soirée, le quai était noir de monde. Nous avons pris un taxi (terrestre) pour regagner la marina et Heolia et avons passé une nuit paisible.

Vendredi 13 août / Split – Marina Kastela

Puisqu’il n’est pas possible de rester une seconde nuit à Split, juste après déjeuner, nous quittons la marina ACI et traversons la baie pour nous installer dans la marina Kastela, où nous sommes acceptés. Ici aussi l’effervescence règne. Les bateaux de location rentrent en rangs serrés et le balai des chariots débordant de bagages commence sur tous les pontons. Les équipages débarquent et les équipes de nettoyage entrent en action. Cela me rappelle des souvenirs. Demain ce sera au tour des nouveaux équipages d’investir les lieux, faire l’inventaire et l’avitaillement. Nous restons impassibles devant toute cette agitation. Pour nous aucune urgence, nos « grandes vacances » n’ont (sauf aléa), pas encore atteint le cap retour.

Samedi 14 août / Marina Kastela

Tôt pour éviter la foule et la température caniculaire, nous prenons le bus pour Trogir, à une dizaine de kilomètres de la marina. La jolie petite ville médiévale est située sur une presqu’île. Passée la porte fortifiée, nous suivons les étroites ruelles aux dalles luisantes pour arriver à la cathédrale St Laurent. Nous disons bonjour à Adam et Eve qui montent la garde de chaque côté de sa porte d’entrée. Nous admirons les palais et le beffroi et circulons au hasard des ruelles jusqu’au port et aux fortifications restantes. Le temps d’une boisson à une terrasse et nous fuyons la chaleur et la foule pour retourner au bateau, toujours par le bus 37. 
Après-midi farniente…. « qu’il est doux de ne rien faire quand tout s’agite autour de vous ». Les pontons connaissent une circulation intense et la supérette de la marina est prise d’assaut par les nouveaux arrivants qui ressortent avec des chariot débordant de vivres et surtout de packs d’eau. La chaleur humide et immobile nous pousse à nous retrancher dans l’habitacle du bateau, avec la climatisation.

Dimanche 15 août / Marina Kastela – Luka Muna (île de Zirje)

Les pontons se sont bien libérés de leurs bateaux, quand nous quittons la marina. Par contre, il y a du monde sur l’eau, un peu partout et nous devons surveiller en permanence notre route. Quel changement par rapport à l’Albanie où nous n’avions personne en vue durant des journées complètes. Ici les vedettes à moteur passent sans vergogne au raz du voilier et nous font danser sur leur sillage.
Nous abordons un chapelet d’îles assez pelées. Notre destination est un tout petit port Luka Muna. Pas de réservation possible, mais quand nous entrons dans la crique, le seul bateau à quai s’en va. Un marinero nous fait signe de nous présenter cul à quai et nous tend une pendille. Quant aux papiers qu’on nous réclame toujours dès notre arrivée, il nous dit en riant d’attendre et que nous profitions de notre séjour. Voilà un accueil agréable. Un homme qui mange une glace en regardant notre installation, propose d’attraper le bout de notre passerelle pour la poser sur le quai. Puis il engage la conversation. Il est américain, habite Las Vegas et passe ici ses vacances avec Helene son épouse, originaire de l’île. Il nous demande s’il serait possible de jeter un coup d’oeil au bateau. Emile leur fait visiter les lieux. Un jour ils auront un voilier.
Nous allons nous baigner sur la rive d’en face. L’eau est d’une pureté incroyable et vraiment agréable avec la chaleur ambiante écrasante.